Mes albums sont mes points d'encrage dans le temps. Je sais que mes enfants sont nés à tel album. Ça ressemble à un journal. La vie quotidienne vient donc se mêler au rythme de l'écriture. Et puis il y a ce qui est conscient et ce qui est caché, là en dessous
Je note dans des petits carnets. Des idées, des émotions, j'en chope tout le temps Il y a une attitude d'esprit inspiration et une attitude expiration Ce que je recherche souvent pendant l'écriture, c'est un bon état d'esprit d'attente: curieux et ouvert à tout.
Le vrai processus d'album commence lorsque j'accouche d'une liste d'idées. Et surtout quand une phrase rencontre une musique. Car j'ai beaucoup de musique sans parole. Et beaucoup de textes sans musique. Quand on est trop actif, on n'observe pas bien. Un peu comme les gens qui vont au boulot et ne lèvent plus la tête Lever la tête, regarder différemment
Faire simple, direct, petit, précis mais toujours ouvert. Epurer, aller à l'essentiel, cumuler les compétences. Ça arrive par strates, mais c'est le reflet de notre époque, non?
Comment un idéal peut être standard et comment un standard peut être idéal? En même temps, n'a-t-on pas besoin d'un minimum d'idéal commun. On a besoin de cet idéal commun mais aussi de la liberté, de la touche personnelle On veut tellement nous standardiser.
Tout ce qu'on voit ne corrompt pas ce qu'on a dans le cœur A-t-on la place pour accueillir dans notre cœur un type seul avec sa guitare? Souvent oui.
Pendant 30 ans, j'ai plutôt déroulé ma vie simplement. Au début de Téléphone, le concept c'était: je branche ma guitare, je joue, point. Mais aujourd'hui, les possibilités sont telles! Et dans cette mer de possibilités, les jeunes connaissent tout. Renaud Létang, avec qui j'ai réalisé ce nouvel album, a juste digéré cette vision de moi. C'est un zappeur professionnel qui s'arrête sur mon image. Il sait parfaitement conserver ce qu'il y a d'intéressant chez moi.
J'aime dire des choses naïves, ces choses qui marchent à côté de toi, comme un ami. C'est pour ça qu'on vit d'amour.
Laisser tomber la raison, c'est sûrement la meilleure intelligence. Avant, je mettais plus d'un an à accepter la simplicité et la naïveté de mes mots. Là, à force de me voir revenir à l'idée première, ça me prend moins de temps. Ce qui ne passerait pas chez d'autres, passe chez moi. Je commence à me faire à moi finalement
Mes chansons parlent de plusieurs choses qui vont vers la même émotion. Pour moi, la chanson sublime est celle qui marche à côté de toi. Tu as des idées différentes 20 ans après, mais en la réécoutant tu es toujours d'accord avec elle. Elle te procure les mêmes émotions, mais elle ne t'évoque pas du tout le même contenu.
Les gens nous donnent à manger, à nous musiciens et chanteurs, pour qu'on soit libre. Que l'on puisse regarder, attendre, écouter les autres, être ouverts aux autres. Sans analyser. Et parfois, on touche des vérités qu'un scientifique ou un sociologue va escalader par la face nord.
Quand on me demande quel est mon métier, je réponds que je suis musicien. Dans le village où mon père est né, dans le Midi, mon arrière grand-père était conteur. Il était la télé de l'époque, les gens se réunissaient autour de lui Aujourd'hui encore, les vieux de là-bas m'appellent comme luiLe chey, le conteur.
Retrouvez l'actualité de Jean-Louis Aubert sur http://www.jeanlouisaubert.com