On espérait depuis longtemps un Rendez-vous avec Manu. Comme une lettre d’un être cher dont on était sans nouvelle, mais qui revient enrichi par la vie, ce premier album solo enthousiasme autant qu’il réconforte.
Il aurait été dommage de ne plus entendre la voix d’Emmanuelle Monet. Au sein de Dolly, en quatre albums, elle avait été une des premières en France à conjuguer orage électrique et sensibilité mélodique, avec ce sens de la tension et de la dynamique qui était jusque-là réservé à Nirvana, Smashing Pumpkins et consorts.
En 2005, alors que le groupe nantais allait fêter ses dix ans, son bassiste, Mickaël Chamberlin, se tuait dans un accident de la route. Une tragédie mettait fin à cette histoire. Il allait falloir se réinventer.
Les premiers mots, les premières notes, ont jailli comme un exorcisme, une façon de clore ce deuil par un dernier hommage à Micka. Puis, livrée à elle-même et à sa guitare sèche, sans l’entourage rassurant du groupe, Manu a retrouvé la source de son inspiration. Un travail intime où, pour la première fois, les textes précédaient la musique.
Mais cette fille aux cheveux rouges et aux yeux de cobalt, fan de PJ Harvey et de Blondie, des Pixies et de Sonic Youth, n’est pas une nana folk. La tendresse sensuelle de son chant a besoin de la fée électricité pour produire des étincelles. En refrappant à la porte de Nicolas Bonnière, le guitariste de Dolly, elle savait qu’elle retrouvait un complice capable de transcender ses nouveaux élans.
Une formation s’est constituée pour l’enregistrement. Aux côtés de Manu, au chant et à la guitare, de Nikko à la guitare et derrière les manettes, sont arrivés Nirox, l’ancien batteur des historiques Bandits, et Ben à la basse qui avait officié à la guitare avec, entre autres, Mano Solo. « Quand j’ai recommencé à travailler en groupe » s’enthousiasme Emmanuelle, « j’en ai eu des frissons. Retrouver ces sensations de bande où tout se met en place, sans se poser de question : le son, les harmonies, la puissance… Se laisser guider par l’instinct et l’adrénaline ».
La force de ce Rendez-vous tient beaucoup à cette puissance de groupe mis au service de chansons, sans doute les plus personnelles écrites par la demoiselle. La vie a nourri l’épaisseur émotionnelle des 13 morceaux de l’album. L’hommage à Micka (Goodbye et Rendezvous), la séparation (Dans les yeux), la découverte de la culture nippone (Suteki ni, chanté en japonais) mais aussi le désir amoureux (Dis-moi un secret) et une chanson pour son petit garçon (Un beau jour), sont quelques unes des multiples facettes d’un disque jouant d’une large palette thématique et instrumentale.
Plus encore qu’avec Dolly, Manu a travaillé le jeu des contrastes. Avec elle, l’épure la plus à vif peut vite s’enrichir d’une symphonie orageuse, la tension la plus sombre se doubler d’une mélodie lumineuse, une mélancolie brise-coeur se charger d’une sensualité torride. Ce jeu entre calme et fièvre, magnifiquement illustré dans Tes cicatrices - passant d’une intro suspendue à une averse de guitare -, habite une production capable de concilier la pureté des harmonies vocales, la subtilité de touches électroniques et acoustiques, avec des six cordes de plomb, une cavalcade de western (l’irrésistible Cow-boy) et une batterie d’airain.
On a hâte de voir ce que donnera en concert cette éclatante renaissance discographique. Car ce Rendez-vous est aussi scénique.
“BJORK DISAIT UN JOUR, AU COURS D’UNE INTERVIEW, QU’UNE BONNE CHANSON SUFFISAIT À ÉCLAIRER SA JOURNÉE. CETTE ANNÉE, JE CROIS BIEN QUE MANU M’A OFFERT L’ÉLECTRICITÉ !” JL GERARD
Infos & dates sur http://www.manu-friends.com et http://www.myspace.com/manusonic